
Mon cher ami, le docteur Bidiel Ould Ramdane, chirurgien d’une rare compétence, homme de foi et d’intégrité, vient de déposer stéthoscope et bistouri, non point vers l’oubli, mais vers une autre forme de service. Il a exercé à Zouérat, puis à Rosso (où il fut, en 1991, le premier DRASS), avant de rayonner à Nouakchott, Boghé, Néma, et de nouveau Zouérat. Aujourd’hui, il quitte l’hôpital Hamad de Boutilimit après de longues années de loyauté, jour et nuit, sans une once de relâche.
Jamais le docteur Bidiel n’a fui ses responsabilités ; jamais il n’a prononcé cette sentence trop souvent entendue : « C’est ma ville, je ne peux pas y travailler. » Bien au contraire : durant plus de dix ans, il a vécu dans une modeste demeure enclavée dans l’enceinte de l’hôpital, tel un veilleur posté aux avant-postes, toujours prêt à bondir vers les urgences. Astre des nuits blanches, il a fait de son logis une sentinelle.
Aujourd’hui, il prend sa retraite et délaisse les couloirs hospitaliers pour se consacrer à la recherche scientifique et à l’enseignement à la faculté de médecine. Outre son professionnalisme, cette flèche d’acier trempée par l’expérience, et son dévouement, ce brasier jamais éteint, le docteur fut un père exemplaire, un architecte discret mais infatigable des études de ses enfants, dispersées en diverses disciplines. L’année dernière, le cadet de ses garçons a décroché la meilleure note au concours d’entrée au collège pour toute la wilaya du Trarza. Avant lui, des ingénieurs et des techniciens sont sortis de cette pépinière familiale ; et bientôt, au moins un médecin prendra le relais, comme une flamme qu’on passe de main en main. Qu’Allah bénisse cette tribu de savoir et de cœur, et qu’Il leur accorde la réussite ici-bas et la félicité dans l’au-delà !
Le docteur peut désormais dormir sur ses deux oreilles, ces oreilles qui ont tant entendu les plaintes, les appels, les silences de la douleur. Car il a accompli ses devoirs, et même surpassé toute espérance, sillonnant les villes du pays comme une rivière qui ne tarit jamais, sans plainte ni récrimination, malgré la marginalisation et l’iniquité dont il fut parfois la cible. Rare joyau qui ne se plaint pas des aspérités de son écrin.
Il a également contribué au service de la société mauritanienne tout entière, et plus particulièrement de sa communauté de Boutilimit, en puisant dans son propre salaire pour participer à toutes les initiatives caritatives et collectives dont il avait connaissance. Il a aussi pleinement revêtu son rôle de père, vaillant et attentif, telle une forteresse d’amour, instruisant, soutenant, conseillant, accompagnant, orientant. Son existence fut une tapisserie où chaque fil, qu’il fût médical, paternel ou social, fut tissé avec la même tension vertueuse.
Que sa retraite soit bénie, comme une moisson après de longs labours. Qu’Allah lui accorde une longue vie, accepte ses efforts, et le comble de santé et de bonheur. Et que son exemple demeure, pour nous tous, une leçon vivante : celle d’un homme qui n’a jamais séparé le scalpel du cœur, ni le dévouement de l’humilité.
Par Brahim Bilal Ramdhane
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