Mauritanie : le baccalauréat n'est pas le problème, il en révèle un plus profond

jeu, 23/07/2026 - 12:13
Ahmed Mohamed Hamada  Écrivain et analyste politique

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En Mauritanie, les résultats du baccalauréat sont bien plus qu'un simple rendez-vous annuel. Ils constituent un baromètre de l'état de l'école et, au-delà, des politiques publiques en matière d'éducation. Cette année, avec un taux de réussite limité à 13,56 %, les chiffres ont suscité autant d'inquiétudes que de débats.

La tentation est grande de réduire cette contre-performance à une explication unique. Certains y voient la preuve d'un effondrement du niveau scolaire. D'autres préfèrent saluer le durcissement des conditions d'examen et le retour d'une culture du mérite. En réalité, ces deux lectures ne s'excluent pas. Elles disent chacune une part de la vérité.

Le ministère de l'Éducation insiste sur la transparence des épreuves, la lutte contre la fraude et le respect du principe d'équité. Ces avancées sont réelles et nécessaires. Un diplôme n'a de valeur que s'il récompense effectivement les compétences de ceux qui l'obtiennent. De ce point de vue, une baisse du taux de réussite n'a rien d'anormal lorsqu'un système devient plus exigeant.

Mais la rigueur d'un examen ne saurait, à elle seule, expliquer l'ampleur des échecs. Un examen ne crée pas les connaissances ; il mesure ce que les élèves ont appris au fil des années. Lorsqu'une large majorité d'entre eux échoue, la question dépasse inévitablement le cadre des salles d'examen. Elle renvoie à ce qui s'est passé — ou n'a pas suffisamment eu lieu — dans les salles de classe.

Les difficultés de l'école mauritanienne sont connues : programmes parfois déconnectés des réalités, disparités importantes entre établissements, manque de moyens, conditions de travail souvent complexes pour les enseignants. Aucun de ces facteurs ne suffit, à lui seul, à expliquer les résultats. Ensemble, en revanche, ils dessinent les contours d'un système qui peine encore à offrir les mêmes chances à tous les élèves.

À cet égard, les performances des Écoles d'excellence méritent une attention particulière. Voir plus de 64 % d'élèves issus de milieux modestes y réussir démontre qu'avec un encadrement de qualité, une organisation efficace et un accompagnement régulier, les déterminismes sociaux ne sont pas une fatalité. Cette expérience montre surtout que les difficultés ne sont pas tant liées aux capacités des élèves qu'aux conditions dans lesquelles ils apprennent.

Le faible taux de réussite des candidats libres raconte une autre histoire, tout aussi révélatrice. Beaucoup cherchent, à travers cette voie, une seconde chance. Pourtant, sans véritable accompagnement pédagogique, cette ambition se heurte souvent à la réalité d'un examen exigeant. Là encore, le problème dépasse les statistiques : il interroge la capacité du système à ne laisser personne sur le bord du chemin.

L'augmentation du nombre de candidats constitue, elle aussi, un signal encourageant. Davantage de jeunes accèdent aujourd'hui au niveau du baccalauréat. Mais démocratiser l'accès à l'école ne suffit pas. Encore faut-il garantir que cette ouverture s'accompagne d'un enseignement capable de transformer cette opportunité en réussite.

Le véritable enjeu dépasse donc largement le pourcentage de réussite. Il concerne la confiance que les familles accordent à l'école, la crédibilité des diplômes nationaux et, plus largement, la capacité du système éducatif à préparer les générations futures aux défis économiques et sociaux du pays.
Le baccalauréat n'est, au fond, que le dernier maillon d'une longue chaîne. Lorsqu'il révèle des faiblesses, il serait vain de chercher les réponses uniquement dans l'organisation de l'examen. Elles se trouvent bien en amont, dans les politiques éducatives, la qualité de l'enseignement, la formation des enseignants et l'environnement d'apprentissage.

Les résultats de cette année ne doivent donc pas être lus comme une simple contre-performance. Ils constituent une invitation à regarder la réalité en face. Car le défi n'est pas d'obtenir, l'an prochain, quelques points de réussite supplémentaires. Le véritable défi est de bâtir une école capable de donner à chaque élève les moyens de réussir. C'est à cette condition que le baccalauréat cessera d'être le révélateur d'une crise pour redevenir le symbole d'une école qui remplit pleinement sa mission.